JUSTICE • L’islamologue demande la révision de son procès pour viol à Genève.
Jeudi dernier, Tariq Ramadan était présent à la Maison internationale des associations à Genève pour détailler les récents éléments de sa défense et réitérer ses demandes concernant la révision de son procès en Suisse et la récusation de la juge chargée de son procès en France. D’abord acquitté puis condamné en Suisse à une peine d'un an de prison ferme pour le viol d’une femme, l’islamologue doit être jugé en France en mars prochain pour des viols qui auraient été commis sur trois femmes entre 2009 et 2016. Des accusations qu’il réfute avec force, dénonçant des plans prémédités de plaignantes pour le piéger et des décisions de certains juges qui, selon lui, ont été trompés ou refusent de considérer les faits.
Linguiste en renfort
Au cœur de sa défense figure la stylométrie, une méthode d’analyse statistique des textes qui étudie les particularités lexicales et syntaxiques afin d’identifier le style propre à un auteur. Cette discipline permet d’établir une «empreinte stylistique» et est de plus en plus utilisée dans des affaires judiciaires. En août 2025, les avocats de Tariq Ramadan ont fait appel à Carole Chaski, linguiste médico-légale considérée comme l’une des plus grandes expertes du domaine, pour analyser des messages liés à cette affaire. «Elle a mis en évidence que les deux plaignantes, suisse et française, étaient les auteures des messages », affirme-t-il, évoquant six tests dont les résultats sont très proches ou égaux à 100 %. «Nous avons la preuve par l’empreinte stylistique de la personne, que les deux plaignantes ont écrit des messages avant de me rencontrer, où elles parlent de me piéger», ajoute-t-il. Il ajoute que ces deux femmes se connaissent depuis 2009 et qu’elles ont «le même mode opératoire», l’une en France, l’autre en Suisse. Ces éléments ont été intégrés, selon lui, à la demande de révision de son procès en Suisse et à une requête de supplément d’information en France. La demande de révision à Genève a été déposée le 17 octobre et est encore à l'étude. En France, c’est précisément l’absence de réponse aux demandes d'expertises judiciaires qui motive sa requête en récusation de la juge. «Nous avons demandé que l’instruction soit réouverte à la lumière des nouvelles preuves scientifiques en stylométrie et en informatique, et de nouveaux témoignages d’anciennes plaignantes qui se rétractent et disent que c’étaient des pièges. La juge ne répond à rien», déclare-t-il. Et d’ajouter: «Quand vous avez une juge qui, avant le jugement, refuse d'entrer en matière sur des évidences scientifiques incontestables, c’est la preuve que vous n’aurez pas un procès équitable».
"Respect des faits"
Tariq Ramadan est par ailleurs revenu sur le rôle joué par le paparazzo d'extrême-droite Jean-Claude Elfassi: «La plaignante suisse lui a demandé de l'argent pour son témoignage et deux plaignantes françaises affirment qu'il les a manipulées et poussé à parler de viol. Il a lui-même affirmé connaître toutes les plaignantes sur la chaîne israélienne I24.» Et d’ajouter que: «Les opinions ou les fautes morales regardent la personne, mais le respect des faits, du droit et de la justice est ce qui doit nous intéresser tous. Dans un Etat de droit, on n'envoie pas un innocent en prison parce qu'on n'aime pas ce qu'il est ou ce qu'il pense.»
Que dit la défense de la plaignante?
Contacté, Me Robert Assaël, avocat de la partie plaignante en Suisse, aux côtés de Me Véronique Fontana et de Me François Zimeray, précise: «Je n’ai pas encore connaissance de la requête en révision. Cela étant, la stylométrie n’est pas fiable et ne peut constituer une preuve. De plus, elle existe depuis plusieurs années et le condamné aurait pu l’invoquer lors de son jugement. Il ne s’agit donc pas d’un élément nouveau. Il soutient toujours la théorie du complot, pourtant judiciairement balayée, mais demeure muet sur l’intérêt que la victime aurait eu à y participer et à déposer plainte en 2018, près de dix ans après les faits. A le suivre, elle aurait préparé son dossier en faisant constater son état par des psychiatres dès 2008 pour l’utiliser en 2018. C’est absurde. La réalité est que le condamné l’a sauvagement violée en 2008 et qu’il est dans un profond et regrettable déni. Je suis confiant: la demande, dilatoire et abusive, sera rejetée.»