Viol et abus sexuels sur mineurs: 
père condamné à cinq ans de prison

Rédigé par
Rédaction
Société

JUSTICE • Le Tribunal correctionnel a jugé un homme de 65 ans accusé d’attouchements sur sa fille et l’amie de celle-ci ainsi que du viol d’une adolescente. Des actes survenus entre 2019 et 2021 dans un camping genevois.

L’homme, qui a notamment travaillé en tant que chauffeur de bus scolaire, comparaissait libre.  «Je reconnais avoir eu des pulsions sexuelles envers ma fille et son amie», déclare-t-il d'emblée. Il admet avoir pratiqué des caresses à caractère sexuel de manière épisodique, mais nie avoir procédé à une pénétration digitale. Pour l'accusation, ces attouchements auraient duré deux ans, pratiquement un week-end sur deux. De son côté, il indique qu'il s'agissait surtout de chatouilles. Lorsque le président du tribunal, Niki Casonato, lui demande pourquoi il avait tout d’abord nié ces pratiques, il répond: «C'était par honte et je ne comprenais pas mes actes». Concernant les gestes répréhensibles envers l’adolescente lorsqu'elle avait 14 ou 15 ans, il les  conteste et affirme qu’il s’agissait de jeux dans l’eau et évoque un rapprochement. A propos du viol commis lorsqu’elle avait 16 ans, il soutient qu’il s’agissait d’un rapport consenti et qu'après l'avoir pénétrée avec ses doigts il a tenté de le faire avec son sexe mais sans succès. Outre la détention de fichiers à caractère pédopornographique et zoophile, les enquêteurs ont découvert qu'il avait tapé des mots-clés tels que «teenager» ou «prépubère» dans son ordinateur. «J'ai fait des recherches par curiosité malsaine», tente-t-il d’expliquer. Les parties plaignantes ont ensuite été entendues. Une mère donne des nouvelles de sa fille: «Elle va globalement bien mais elle a développé une sorte d'hypervigilance envers les adolescents ou les adultes de sexe masculin. Elle a perdu la part d'insouciance propre aux jeunes de son âge.». Le père de cette même victime accuse le prévenu de sous-estimer l’impact de ses actes. En larmes, l'autre mère raconte: «Cette procédure a été un véritable tsunami pour moi et mes enfants. Ils ne veulent plus entendre parler de leur père.» Puis, la troisième plaignante, une jeune fille, aujourd’hui âgée de 21 ans, confie encore ressentir des séquelles dans sa vie intime.
Sa fille avait 8 ans
L’après-midi, la défense a fait appel à trois témoins de moralité. «Les enfants l'aimaient bien, il était gentil avec eux», témoigne un copain de camping. «J'ai deux enfants, mon père se comporte normalement avec eux, comme un grand-père», souligne sa fille. «Il n'a jamais été  violent», assure son ex-épouse.
Vient ensuite le réquisitoire de la procureure Gabrielle Baccarini-Manghi qui estime qu'«aucun élément ou indice ne permet de douter de la parole des enfants et de la jeune fille». Elle souligne qu’il s’en est pris à l’intégrité sexuelle de mineurs avec des motifs «égoïstes et lâches», et réclame sept ans de prison ferme.
Me Alice Aebischer, avocate d'une des plaignantes, insiste sur la «violence structurelle du prévenu», en référence à l'utilisation de la supériorité d'un adulte, notamment à l'égard d'enfants. «Les éléments informatiques sont équivoques et choquants, les mots-clés qu'il recherche coïncident avec les faits qui lui sont reprochés», souligne-t-elle. «Le fait qu'il commette des attouchements alors même que le frère de la victime se trouve aussi dans le lit montre le plein pouvoir dans lequel il se trouve. Il a plongé sa fille dans cette sexualité déviante alors qu'elle n'avait que 8 ans», rappelle l'avocate. Me Camille Villa, qui défend les autres parties plaignantes, ajoute que le prévenu n'a pas hésité à «hypothéquer l'avenir de ses trois victimes» et salue le courage de l’amie de la fille qui a «permis de mettre fin aux agissements d'un  prédateur sexuel en le dénonçant». Concernant la jeune fille, elle  réfute l’idée d’une attirance sexuelle de sa cliente envers le sexagénaire: «Elle le voyait comme un bon  voisin et une figure paternelle».  A propos des échanges de messages: «Le prévenu, de par sa manipulation, a réussi à faire culpabiliser la victime du viol qu'il lui a fait subir».
Me Daniela Linhares, avocate de la défense déclare que: «aujourd’hui, il a admis ses pulsions sexuelles et il a fait un travail dessus». Me Adrien Moutinot parle de la relation de son client avec l'adolescente. Il dénonce la «parole sacro-sainte de la victime», mise en avant par la partie plaignante. «Un viol ne peut pas être fondé sur un récit ambigu», estime l'avocat. Il souligne que l’adolescente a mangé avec le prévenu et même sollicité un massage dans sa caravane quelque temps après les faits.
Le sexagénaire a été condamné à cinq ans de prison ferme. Il devra également indemniser ses victimes et suivre un traitement ambulatoire. Il sera, en outre, interdit à vie d'exercer une activité professionnelle ou d’autre nature en contact avec des mineurs.

En savoir plus